Le soju (소주) est l'alcool que vous verrez sur toutes les tables de Corée, dans sa petite bouteille verte de 36 cl. Clair, neutre, autour de 16 % en 2026, il se boit pur en petits verres pendant le repas, souvent à côté du makgeolli, le vin de riz laiteux. Les degrés ont encore baissé cette année, les règles pour trinquer n'ont pas bougé, et en France la bouteille coûte trois à quatre fois plus cher qu'à Séoul.
Le soju en repères
Qu'est-ce que le soju ?
Le soju est un alcool incolore. Son nom vient du chinois shāojiǔ, « alcool chauffé », c'est-à-dire distillé. À l'origine, on le tirait du riz. Ce que les Coréens boivent au quotidien aujourd'hui est un soju dilué (hiseoksik) : de l'éthanol produit en grande quantité à partir de patate douce, de tapioca, de blé ou d'orge, allongé d'eau puis adouci avec des édulcorants. Le soju distillé (jeungryusik), plus rare et plus cher, garde la méthode ancienne et un vrai goût de grain.
Il se boit frais, sec, dans un verre à shot, en accompagnement de la viande grillée, des ragoûts et des fritures. C'est l'alcool du barbecue coréen, des dîners entre collègues et de presque toutes les scènes de beuverie des K-dramas, où la bouteille verte apparaît à chaque épisode.

Quel goût a le soju ?
Le soju vert a un goût neutre et net, qui rappelle une vodka très allongée, avec une pointe sucrée en fin de bouche. Les différences entre marques sont fines : Chum Churum passe pour un peu plus rond que Chamisul Fresh, les versions zéro sucre (Saero, Jinro Gold) sont plus sèches. Le soju distillé traditionnel est une autre boisson, plus proche d'une eau-de-vie de céréale.
Le soju est-il fort ?
Pas tant que ça sur le papier. Un soju vert courant titre 15,7 à 16 %, comme un vin un peu chargé, deux fois et demie moins qu'une vodka. Mais on le boit en shots, sans goût d'alcool marqué, et une bouteille se partage vite à deux. C'est ce qui lui vaut sa réputation. Seuls les sojus distillés sont vraiment forts : 45 % pour l'Andong soju, jusqu'à 53 % pour certaines cuvées de Hwayo.
Soju, saké et shōchū : quelle différence ?
Le saké japonais est brassé, comme une bière, sans distillation. Le soju est distillé ou fait d'alcool distillé. Son vrai cousin japonais est le shōchū, dont le nom vient du même mot chinois. L'équivalent coréen du saké serait plutôt le makgeolli, ou sa version filtrée et claire, le cheongju.
Les marques de soju et leurs degrés en 2026
Deux groupes se partagent l'essentiel du marché : HiteJinro (Chamisul, Jinro) et Lotte (Chum Churum, Saero). Depuis vingt ans, ils baissent le degré par petites touches, et 2026 a encore vu passer plusieurs marques sous la barre des 16 %. Si vous lisez encore « 20 à 45 % » quelque part, c'est le soju des années 2000.
| Marque | Groupe | Degré | À savoir |
|---|---|---|---|
| Chamisul Fresh | HiteJinro | 15,7 % | Le plus vendu. Passé de 16 à 15,7 % en juin 2026. |
| Chamisul Original | HiteJinro | ≈ 20 % | Bouchon rouge, plus sec et plus fort. |
| Jinro | HiteJinro | 15,7 % | Bouteille bleu ciel au crapaud. 15,7 % depuis février 2026. |
| Jinro Gold | HiteJinro | 15,5 % | Lancé en 2024, sans sucre. |
| Chum Churum | Lotte | 16 % | Réputé plus doux. 16 % depuis juillet 2025. |
| Saero | Lotte | 15,7 % | Zéro sucre. Passé à 15,7 % en janvier 2026. |
| Sojus aux fruits | Toutes marques | 12 à 13 % | Pêche, raisin, pomme verte, prune, yuzu. |
Degrés relevés en octobre 2026 d'après les annonces des fabricants rapportées par la presse coréenne (Herald Corp, juin 2026 ; Kyunghyang Shinmun, juillet 2025). Chamisul Original : dernier chiffre connu, 2024.
Chamisul, le numéro un
Chamisul (참이슬, « rosée pure ») est la marque que vous verrez partout. La version Fresh, étiquette verte, est filtrée au charbon de bambou et titre 15,7 % depuis la mi-juin 2026. L'Original, au bouchon rouge, tourne autour de 20 % : les habitués le commandent quand ils trouvent le Fresh trop léger.
Chum Churum, le rival de Lotte
Chum Churum (처음처럼, « comme la première fois ») est l'autre grand soju vert, à 16 % depuis juillet 2025. Lotte met en avant une eau alcaline qui le rendrait plus doux. Au restaurant, la question rituelle est souvent « Chamisul ou Chum Churum ? », et chacun a son camp.
Jinro, la bouteille bleue au crapaud
Relancé en 2019 dans une bouteille bleu ciel au look rétro avec une petite grenouille sur l'étiquette, Jinro a séduit les vingtenaires. Il titre 15,7 % depuis février 2026. Le groupe a ajouté en 2024 un Jinro Gold sans sucre à 15,5 %.
Le soju aux fruits
C'est souvent par lui que les étrangers découvrent le soju. Ces versions aromatisées titrent 12 à 13 % et ont un goût de sirop léger : pêche, raisin muscat, pomme verte, prune, fraise, yuzu ou pomme-mangue. Jinro, Chum Churum (Soonhari) et Good Day ont chacun leur gamme. Elles se boivent très fraîches, pures ou avec un peu d'eau gazeuse.

Les Coréens de plus de trente ans les boivent peu et les voient comme une porte d'entrée. Si vous voulez goûter le « vrai » soju, commandez un vert. Côté accords, le soju à la pêche est souvent conseillé avec le tteokbokki, dont il calme le piment.
Combien coûte le soju en Corée ?
Le soju est l'un des alcools les moins chers au monde. En supérette (GS25, CU, 7-Eleven), une bouteille de 36 cl coûte autour de 1 800 à 2 100 wons, moins de 2 €. Au restaurant, comptez 6 000 à 8 000 wons, un peu plus dans les quartiers touristiques de Séoul. Les hausses sont surveillées comme celles de l'essence : en 2022, chaque augmentation de quelques dizaines de wons a fait la une.
Les sojus aux fruits coûtent à peu près le même prix que le vert. Pour un soju distillé, la marche est plus haute : autour de 12 000 wons pour un Hwayo 25 en magasin, 12 900 à 14 900 wons pour un Won Soju.
De quoi peser peu dans le budget d'un voyage en Corée, mais attention : on ne boit pas dans la rue partout, et un dîner arrosé entre collègues finit rarement à une seule bouteille.
Le makgeolli, le vin de riz laiteux
Le makgeolli (막걸리) est la plus vieille boisson alcoolisée de Corée, brassée depuis l'époque des Trois Royaumes. Blanc, trouble, légèrement pétillant, il titre 6 à 9 %. Son goût mêle l'acidulé, le sucré et une note de yaourt. Il a été l'alcool le plus bu du pays dans les années 1960 et 1970, avant que le soju ne prenne sa place.

Comment est fait le makgeolli
On mélange du riz cuit à la vapeur, de l'eau et du nuruk, une galette de céréales qui apporte levures et moisissures. La fermentation dure quelques jours. Le makgeolli n'est pas filtré : le dépôt blanc au fond de la bouteille, c'est le riz. Frais et non pasteurisé, il se garde une à deux semaines au froid et continue de fermenter. Les versions exportées sont le plus souvent pasteurisées pour tenir le voyage.
Comment le servir
Retournez doucement la bouteille deux ou trois fois avant d'ouvrir pour remettre le dépôt en suspension, sans la secouer : le gaz ferait déborder le bouchon. Il se sert bien frais, dans de petits bols en métal ou en céramique plutôt que dans des verres, et se boit à grandes gorgées.
Makgeolli et pajeon, le rituel des jours de pluie
Demandez à un Coréen ce qu'il fait quand il pleut : il y a de bonnes chances qu'il réponde « pajeon et makgeolli ». Deux explications circulent. La première tient au son : la pâte qui grésille dans l'huile rappelle le bruit de la pluie sur le toit. La seconde est plus terre à terre : les paysans, privés de travail aux champs les jours de pluie, faisaient frire des galettes avec ce qu'ils avaient et ouvraient le makgeolli. Les restaurants de jeon se remplissent dès les premières gouttes, et le marché de Gwangjang, avec ses galettes de haricot mungo, en est le temple (voir nos marchés de Séoul).
Les marques à connaître
Seoul Jangsu, le makgeolli au bouchon vert vendu dans toutes les supérettes, détenait plus de la moitié du marché intérieur en 2021. Il existe aussi des centaines de petites brasseries (plus de 700 recensées en 2017), dont les makgeollis artisanaux comme Neurin Maeul se trouvent dans les bars spécialisés et les boutiques d'alcools traditionnels. À Séoul, quelques brasseries ouvrent leurs cuves aux visiteurs, pour un atelier de brassage ou une dégustation.

Séoul : apprenez à brasser du makgeolli traditionnel dans une brasserie
- Durée : 2 h
- Annulation gratuite
5,0(34 avis)
dès 76 €/ pers.
Voir prix & dispos
Séoul : dégustation de makgeolli et de soju traditionnels dans une brasserie
- Durée : 1 h 30
- Annulation gratuite
5,0(7 avis)
dès 73 €/ pers.
Voir prix & disposToutes les activités à Séoul
Visite de la zone démilitarisée + séance de questions-réponses avec un transfuge nord-coréen 4,9 (23 430 avis)
Visite de marchés et street food à Séoul 4,9 (1 639 avis)
Billet combiné pour l'observatoire de la N Seoul Tower et le téléphérique 4,5 (622 avis)
L'étiquette de l'alcool en Corée
Boire en Corée est un moment social codé, surtout avec des aînés, un patron ou des beaux-parents. Un étranger qui se trompe est vite pardonné. Un étranger qui tient la bouteille à deux mains, on s'en souvient.
On ne se sert jamais soi-même
C'est la règle de base : on remplit le verre des autres, et ce sont eux qui remplissent le vôtre. Ne resservez qu'un verre vide. Si vous voulez ralentir, laissez un fond dans le vôtre : tant qu'il n'est pas vide, personne ne le remplira.
Servir et recevoir à deux mains
Face à quelqu'un de plus âgé ou de plus haut placé, on tient la bouteille de la main droite, la main gauche posée sous le coude ou l'avant-bras droit. Le geste vient du hanbok : on retenait sa longue manche pour qu'elle ne traîne pas sur la table. Pour recevoir, on tient son verre à deux mains, ou la main droite soutenue par la gauche.
Se détourner pour boire
Devant un aîné, on ne boit pas en le regardant : on tourne légèrement la tête et le buste sur le côté, et on cache parfois son verre avec la main. Entre amis du même âge, ces formes disparaissent.
Geonbae et le premier verre
On trinque en disant geonbae (건배), « verre sec », et le premier verre se boit souvent cul sec. Quand vous trinquez avec un aîné, placez le bord de votre verre un peu plus bas que le sien. Refuser le premier verre passe mal, sauf raison de santé, de religion ou parce que vous conduisez : dites-le simplement, c'est accepté.
Âge légal et alcool dans la rue
En Corée, l'alcool est réservé aux plus de 19 ans, et les supérettes demandent une pièce d'identité aux jeunes visages : gardez votre passeport sur vous. Boire dehors est toléré sur les terrasses de supérette et au bord du Han, mais plusieurs parcs et places l'interdisent.
Le somaek et les cocktails au soju
Le somaek, contraction de soju et maekju (bière), est le mélange préféré des soirées coréennes. Le dosage le plus cité est de 3 parts de soju pour 7 de bière : un shot de soju dans un verre de bière blonde très froide. Il existe des rituels autour, comme poser le petit verre de soju en équilibre sur deux baguettes au-dessus de la bière avant de le faire tomber d'un coup sur la table.
Les bars de Hongdae et d'Itaewon proposent aussi des cocktails à base de soju : le soju servi dans une pastèque évidée (subak soju), la « sojurita » façon margarita, ou le soju mélangé à un yaourt à boire Yakult. Au restaurant de barbecue, le somaek reste la norme.
Les sojus distillés : Andong, Hwayo, Won Soju
Si le soju vert vous a laissé indifférent, goûtez un soju distillé. C'est le soju d'avant l'industrie, fait à partir de riz et distillé à l'alambic.
Andong soju
Le plus réputé, venu de la ville d'Andong, dans le Gyeongsang du Nord, où il était déjà recherché sous la dynastie Joseon. Il titre autour de 45 % et a des arômes de céréale grillée. Une maison, Myeongin Andong Soju, a reçu à plusieurs reprises le premier prix des concours de spiritueux coréens.
Hwayo
Une marque moderne de soju distillé de riz, déclinée de 17 à 53 % selon la cuvée (Hwayo 17, 25, 41, 53). C'est le soju haut de gamme qu'on trouve dans les bons restaurants et les duty free, autour de 12 000 wons pour le Hwayo 25.
Won Soju
Lancé par le rappeur et entrepreneur Jay Park, le Won Soju a rendu le soju distillé à la mode chez les jeunes. Il se vend 12 900 à 14 900 wons en magasin.
Une histoire courte du soju
La distillation arrive en Corée au XIIIe siècle avec les Mongols, qui l'avaient apprise des Perses : les premières distilleries s'installent autour de Kaesong, leur base, et l'alcool est d'abord un produit de luxe, voire un remède. Chaque famille aisée finit par avoir sa recette. En 1907, le gouvernement sous tutelle japonaise interdit la distillation domestique et taxe lourdement l'alcool. Jinro est fondé en 1924.
Le grand tournant date de 1965 : pour faire face aux pénuries, l'État interdit d'utiliser le riz pour fabriquer de l'alcool. Les distillateurs passent à la patate douce, au tapioca et à l'éthanol dilué, et le soju moderne naît de cette contrainte. En 1973, les brasseries sont regroupées, une par province. L'interdiction du riz est levée par étapes jusqu'en 1999 selon la presse coréenne (les dates varient selon les sources), mais le goût du public s'était fait au soju dilué, bon marché et léger. Le makgeolli, frappé par la même interdiction, a retrouvé le riz en 1990.
Où acheter du soju et du makgeolli en France
Porté par la vague hallyu, le soju est sorti des épiceries coréennes. Les prix restent trois à quatre fois plus élevés qu'en Corée, mais on le trouve désormais sans difficulté.
Les épiceries coréennes et asiatiques
C'est là que le choix est le plus large, avec du makgeolli frais au rayon froid quand l'arrivage le permet. À Paris, les épiceries coréennes du quartier de l'Opéra (rue Sainte-Anne et alentours) et les grandes surfaces asiatiques du 13e arrondissement ont toutes un rayon soju. À Lyon, Marseille, Lille ou Bordeaux, regardez du côté des épiceries asiatiques du centre.
En ligne
- Asiamarche : Jinro 35 cl à 7,90 €, sojus aux fruits et Chum Churum pomme-mangue à 6,90 €, verres à shot à 3,59 € (relevé d'octobre 2026).
- Sudal : soju fabriqué en France, 6,50 € la bouteille de 35 cl, packs de 3 à 12, livraison offerte dès 70 €.
- La Maison du Whisky : quelques sojus haut de gamme, dont le Yaju Nature à 17 %.
On en voit aussi de plus en plus dans les supermarchés de centre-ville, généralement un Jinro ou deux sojus aux fruits. Pour le soju distillé (Hwayo, Andong), il faut passer par un caviste spécialisé ou le rapporter de Corée.
Verres à soju et à makgeolli
Pour servir le soju comme en Corée : verres à shot, bols à makgeolli en métal ou en céramique et petites bouilloires de service.
- Verres à soju gravés en hangeul
- Bols et bouilloires à makgeolli
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Le soju made in France
Deux marques françaises se sont lancées. Sudal, produit à Pessac près de Bordeaux, est distillé à partir de raisin : un Original à 16,5 % et cinq saveurs à 13 %. Yaju propose un soju Nature à 17 % en 70 cl. Le goût diffère d'un Chamisul, plus fruité, mais on les commande en France sans attendre un arrivage.
Pourquoi il coûte plus cher en France
Le transport et l'importation jouent, mais la fiscalité aussi. En 2026, le droit d'accise sur les spiritueux est de 1 932,42 € par hectolitre d'alcool pur. Si le soju relève de ce barème, une bouteille de 35 cl à 16,5 % supporte à elle seule environ 1,12 € d'accise, sans compter la TVA : plus que son prix de vente en supérette coréenne. Les boissons de plus de 18 % paient en plus une cotisation sécurité sociale de 620,47 € par hectolitre d'alcool pur, ce qui renchérit les sojus distillés.
Les festivals
Paris a son rendez-vous dédié aux alcools coréens : le Heemang Festival, dont la troisième édition s'est tenue en juillet 2026 sur le pont Saint-Louis, avec l'association coréenne des exportateurs d'alcools traditionnels. C'est l'occasion de goûter des makgeollis et sojus distillés introuvables en boutique.
Dernière astuce : le soju sert aussi en cuisine. Un trait dans la marinade du bulgogi attendrit la viande. Les plats à commander avec sont dans notre guide de la cuisine coréenne. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
