Le tteokbokki (떡볶이, prononcé « teok-bo-kki ») est un plat de bâtonnets de pâte de riz mijotés dans une sauce rouge, piquante et sucrée, au gochujang. C'est la star de la street food coréenne, vendue sur tous les stands de rue pour quelques milliers de wons, et l'un des plats les plus simples de la cuisine coréenne à refaire chez soi.
Le tteokbokki en repères
Qu'est-ce que le tteokbokki ?
Le nom dit l'essentiel : tteok désigne les gâteaux de riz cuits à la vapeur, bokki vient d'un verbe qui veut dire « faire sauter ». Dans la version qu'on mange partout aujourd'hui, les tteok ne sont d'ailleurs plus sautés mais mijotés dans leur sauce. On croise aussi les graphies topokki ou ddeokbokki, qui désignent la même chose.
Ce qu'il y a dedans
- Du garaetteok, des bâtonnets cylindriques de pâte de riz non gluant, longs d'un doigt.
- Une sauce au gochujang, la pâte de piment fermentée, relevée de gochugaru (piment en poudre), adoucie de sucre ou de sirop de riz, salée par la sauce soja.
- Un bouillon d'anchois et de kombu qui allonge la sauce et lui donne son fond.
- De l'eomuk (ou odeng), des galettes de poisson coupées en triangles, de l'oignon vert et presque toujours un œuf dur.
Sur les stands, il se mange avec un cure-dent ou une petite fourchette, accompagné d'un gobelet de bouillon d'eomuk, de twigim (beignets de légumes, de calamar ou de nouilles de patate douce) qu'on trempe dans la sauce, ou de sundae, le boudin coréen.

Quel goût a le tteokbokki ?
Piquant d'abord, puis sucré, avec un fond salé et légèrement fumé qui vient du bouillon. La sauce est épaisse et colle au tteok. Ce dernier n'a presque pas de goût propre : tout tient à sa texture, moelleuse et élastique, qui se mâche longtemps, un peu comme un gnocchi très ferme. C'est cette mâche, plus que le piment, qui surprend la première fois.
À Séoul, deux façons de le goûter avec quelqu'un qui connaît les bons stands : une visite guidée des marchés, ou un atelier de cuisine coréenne précédé d'un passage au marché.

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D'où vient le tteokbokki ?
Il existe en réalité deux tteokbokki, nés à des siècles d'écart : une version de cour, à la sauce soja, et la version rouge de la rue, qui n'a guère plus de soixante-dix ans.
Le gungjung tteokbokki, la version royale
La première recette écrite connue figure dans le Siuijeonseo, un livre de cuisine anonyme de la fin du XIXe siècle, qui l'orthographie « tteokbokgi ». Le tteok y est tranché puis sauté avec du bœuf, des champignons, de l'oignon vert, de l'huile de sésame et de la sauce soja. Pas de piment. C'est l'ancêtre de ce qu'on appelle aujourd'hui le gungjung tteokbokki, le « tteokbokki de la cour », un plat brun et salé, plus proche du japchae que du plat rouge des stands.
Le piment, arrivé dans la péninsule entre la fin du XVIe et le XVIIIe siècle selon les sources, n'y entre toujours pas au début du XXe. En 1936, le quotidien Dong-A Ilbo décrit encore un tteokbokki aux galettes de riz, bœuf, champignons et œufs, sans gochujang. Jusqu'au début des années 1960, le tteokbokki courant reste un plat sauté à l'huile et assaisonné à la sauce soja.
1953 : la version rouge de Sindang-dong
La date la plus citée pour le tteokbokki rouge est 1953, juste après la guerre de Corée. Ma Bok-rim (1921-2011) vend alors dans le quartier de Sindang-dong, à Séoul, des tteok cuits dans un mélange de gochujang et de chunjang, la pâte de haricots noirs du jajangmyeon. L'histoire veut qu'elle ait eu l'idée après avoir fait tomber un tteok dans un bol de jajangmyeon : c'est une anecdote populaire, que rien ne documente. Le Musée d'histoire de Séoul, dans un rapport consacré au quartier publié en juillet 2026, fait bien remonter la rue du tteokbokki aux années 1950 et à Ma Bok-rim.
De la sortie d'école au plat national
La version rouge s'impose à la fin des années 1960, vendue comme en-cas devant les écoles. Deux changements l'aident, comme le rappelait le Korea JoongAng Daily en mars 2026. Au début des années 1970, le gochujang industriel remplace dans les foyers celui qu'on fermentait en jarre. Et la politique de promotion du blé rend les tteok de farine de blé moins chers que ceux de riz : beaucoup de stands en servent encore. Dans les années 1980, les restaurants de Sindang-dong installent des DJ qui passent les disques demandés par les clients, et la rue devient un lieu de sortie pour les étudiants.
La recette du tteokbokki pas à pas
Voici la version rouge classique, celle des stands, pour deux personnes. Comptez 15 minutes de préparation et 20 minutes de cuisson. Les cuisiniers coréens forcent souvent un peu plus sur le sucre que ce qu'on imagine : goûtez la sauce avant d'ajouter le tteok.
Les ingrédients (2 personnes)
- 300 g de tteok en bâtonnets (garaetteok), frais ou surgelés
- 100 g d'eomuk (galettes de poisson)
- 2 oignons verts
- 2 œufs
- 500 ml de bouillon d'anchois et de kombu (ou d'eau)
- 2 c. à soupe de gochujang
- 1 c. à soupe de gochugaru (piment coréen en poudre)
- 1 c. à soupe de sauce soja
- 1 c. à soupe de sucre ou de sirop de riz
- 1 gousse d'ail, graines de sésame
Les étapes
- Si vos tteok sont durs ou surgelés, faites-les tremper 10 minutes dans l'eau froide, puis séparez les bâtonnets collés entre eux. Faites cuire les œufs 10 minutes à l'eau bouillante, refroidissez-les et écalez-les.
- Pour le bouillon, faites frémir 500 ml d'eau avec 5 ou 6 anchois séchés et un carré de kombu pendant 10 minutes, puis filtrez. À défaut, de l'eau fait l'affaire.
- Délayez dans le bouillon le gochujang, le gochugaru, la sauce soja, le sucre et l'ail écrasé. Portez à ébullition dans une grande poêle ou une sauteuse.
- Ajoutez les tteok et laissez mijoter 8 à 10 minutes à feu moyen, en remuant souvent pour qu'ils n'attachent pas. La sauce réduit et devient nappante.
- Coupez l'eomuk en triangles et le blanc des oignons verts en tronçons. Ajoutez-les et prolongez la cuisson 3 minutes.
- Ajoutez les œufs durs et roulez-les dans la sauce. Parsemez de vert d'oignon émincé et de sésame, et servez aussitôt.
Les erreurs qui gâchent la texture
- Des tteok non trempés : s'ils sortent du congélateur ou d'un sachet sous vide, ils restent durs au centre. Le trempage dans l'eau froide n'est pas optionnel.
- Une cuisson trop longue : au-delà de 12 à 15 minutes, le tteok ramollit et devient pâteux. Il doit rester élastique.
- Une sauce trop liquide : laissez réduire à découvert quelques minutes de plus. Trop épaisse, elle accroche : rallongez d'un peu de bouillon.
- Des restes au réfrigérateur : le tteok durcit en refroidissant. Réchauffez-le à la poêle avec un fond d'eau, jamais à sec.
Où trouver les tteok en France
Dans les épiceries asiatiques et coréennes (Paris Store, Korea Store, Satsuki), au rayon frais ou surgelé, en sachet sous vide. Prenez des garaetteok, les bâtonnets cylindriques, et non les tranches ovales prévues pour la soupe du Nouvel An (tteokguk). On trouve aussi des kits de tteokbokki instantanés, sauce comprise, pratiques mais plus sucrés. Dernier recours : les gâteaux de riz chinois, à la texture un peu différente.
Les variantes du tteokbokki
La version rouge n'est qu'un point de départ. Les chaînes coréennes proposent facilement une dizaine de sauces, et il en apparaît régulièrement de nouvelles, du rosé des années 2010 au mala plus récent.
Le cheese tteokbokki
De la mozzarella râpée posée sur le tteokbokki en fin de cuisson, une à deux minutes à couvert, jusqu'à ce qu'elle file. Les restaurants coréens utilisent aussi des tranches de cheddar fondu. C'est la variante la plus commandée par ceux qui craignent le piment : le fromage arrondit la sauce.
Le rosé tteokbokki
La sauce au gochujang est adoucie avec de la crème liquide ou du lait, parfois un peu de tomate. Le résultat est orange, onctueux, nettement moins piquant. Apparu dans les années 2010, le rosé est devenu une vraie vague : selon le Korea Times, les commandes de plats à la sauce rosé ont été multipliées par sept en 2021 sur une application de livraison.
Le rabokki

Contraction de ramyeon et tteokbokki : on ajoute une galette de nouilles instantanées dans la sauce, trois minutes avant la fin. Prévoyez un verre d'eau de plus, les nouilles boivent la sauce. Les Coréens appellent sari ces suppléments qu'on ajoute au plat : nouilles, raviolis, œuf, fromage.
Le gungjung tteokbokki
La version royale décrite plus haut, à refaire comme un sauté : tteok, lamelles de bœuf, champignons, carotte, oignon vert, sauce soja, sucre, huile de sésame, pignons. Pas une goutte de piment. C'est la meilleure entrée en matière pour les enfants.
Les autres sauces : jajang, mala, curry, carbonara
Le jajang tteokbokki reprend la pâte de haricots noirs du jajangmyeon, comme à Sindang-dong. Le mala ajoute le poivre du Sichuan qui engourdit la langue, une mode venue de Chine. Les chaînes proposent aussi du curry et de la carbonara, une sauce crémée qui sert surtout à calmer le feu des versions les plus relevées.
Le jeukseok tteokbokki, cuit à table
À Sindang-dong et dans les restaurants spécialisés, le tteokbokki arrive cru dans une marmite large, posée sur un réchaud au milieu de la table, avec nouilles, eomuk, raviolis et œufs. On le laisse cuire soi-même. Le rituel se termine par le riz sauté dans le fond de sauce, avec un peu d'algue et d'huile de sésame.
Le tteokbokki végétarien
Remplacez l'eomuk par du tofu ferme et le bouillon d'anchois par un bouillon de kombu et de champignons shiitake. Vérifiez l'étiquette du gochujang, certaines marques contiennent des extraits de poisson.
| Variante | Ce qui change | Piquant |
|---|---|---|
| Rouge classique | Gochujang, gochugaru, eomuk | Moyen à fort |
| Cheese | Mozzarella ou cheddar fondus | Moyen |
| Rosé | Crème ou lait dans la sauce | Doux |
| Rabokki | Nouilles instantanées | Moyen à fort |
| Gungjung | Sauce soja, bœuf, champignons | Aucun |
| Jajang | Pâte de haricots noirs | Faible |
| Mala | Poivre du Sichuan | Fort |
| Jeukseok | Cuit à table, riz sauté final | Selon la sauce |
Le tteokbokki est-il très piquant ?
Le gochujang seul pique peu : de l'ordre du millier d'unités Scoville selon les marques, bien moins qu'un piment jalapeño (2 500 à 8 000). Aucune valeur officielle n'existe, et les chiffres qui circulent varient beaucoup. Le vrai piquant d'un tteokbokki vient de la dose de gochugaru ajoutée par le cuisinier, et là, tout dépend de l'adresse.
Un tteokbokki de stand reste mangeable pour un palais européen habitué aux plats relevés. Les chaînes jouent en revanche la surenchère : chez Yupdduk, le niveau se règle, mais même le plus doux est déjà très relevé selon le Korea Times. Sinjeon propose trois niveaux. Pour adoucir à la maison, réduisez le gochugaru avant le gochujang, ajoutez du sucre, du fromage ou de la crème. Et gardez un verre de lait à portée de main plutôt que de l'eau, qui ne fait qu'étaler la brûlure.
Où manger du tteokbokki en Corée
Un peu partout : stands de rue, marchés couverts, petits restaurants de quartier appelés bunsikjip (snacks), supérettes et chaînes. Trois façons de le manger valent le déplacement à Séoul.
Sindang-dong, la rue du tteokbokki
La « rue du tteokbokki » de Sindang-dong, dans l'arrondissement de Jung-gu, aligne une dizaine de restaurants de jeukseok tteokbokki à cuire à table. Station Sindang, lignes 2 et 6, puis quelques minutes à pied. On y vient à plusieurs, on choisit ses suppléments, et on finit par le riz sauté.
L'adresse historique est celle de Ma Bok-rim (마복림 떡볶이), au 5 Dasan-ro 35-gil, tenue depuis sa mort par sa belle-fille et sa petite-fille. Le Korea Times la donnait ouverte de 9 h à 22 h 50, fermée les 2e et 4e lundis du mois, en octobre 2024 : vérifiez avant d'y aller. La sauce mêle toujours gochujang et chunjang. En 2016, le même journal indiquait que la Ville de Séoul avait classé la rue parmi ses « patrimoines du futur ».
Les pojangmacha et les marchés

Les pojangmacha, ces stands couverts de bâches orange, servent le tteokbokki le soir, souvent de 17 h à minuit, plus tard le week-end, et presque toujours en espèces. Ceux de Jongno 3-ga sont les plus connus : arrivez avant 19 h pour avoir une place. Le marché de Gwangjang, à Jongno, et la rue piétonne de Myeongdong en alignent des dizaines en journée.
Un conseil à Gwangjang : regardez le prix affiché et payez celui-là. Le quotidien Financial News a relevé en mars 2026 des écarts entre prix affichés et prix facturés sur certains étals : un sundae affiché 8 000 wons, facturé 10 000.

Séoul : Aventure gastronomique au marché de Gwangjang
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Marché de Gwangjang à Séoul : visite culinaire guidée avec un chef local
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Voir prix & disposLes chaînes : Yupdduk, Sinjeon, Dookki
- Dongdaemun Yupdduk (엽기떡볶이) : la référence du très piquant, vendue en grande portion pour trois. Son plat signature, resté à 14 000 wons pendant douze ans, devait passer à environ 15 000 wons en juillet 2026 selon le Korea Herald.
- Sinjeon (신전떡볶이) : petites portions individuelles, sauce légèrement poivrée au curry, trois niveaux de piquant. Relevé d'octobre 2024 : 4 000 wons le classique, 6 000 wons au fromage.
- Dookki (두끼) : un buffet où l'on compose son tteokbokki à table, avec plusieurs sauces (classique, haricot noir, curry) et riz sauté à la fin. 11 900 wons par adulte depuis mai 2025, d'après SBS.
Quelques adresses de Séoul
| Adresse | Pourquoi y aller | Prix relevé |
|---|---|---|
| Ma Bok-rim, Sindang-dong | Le restaurant de la créatrice de la version rouge, tteokbokki à cuire à table. | Non communiqué |
| Cheolgil Tteokbokki, 35-6 Chungjeong-ro, Seodaemun | Ouvert en 1972 sous la voie ferrée, une adresse d'habitués. 11 h-20 h, fermé le samedi. | 3 500 ₩ |
| Geudongne, 14 Wausan-ro 27-gil, Hongdae | Petit bunsikjip du quartier étudiant, version au fromage et rabokki. 11 h 30-21 h 40. | 4 500 ₩, 6 000 ₩ au fromage |
| Hanyang Tteok Bangatgan, Seongdong | Le garaetteok y est fabriqué chaque matin, et ça se sent. | Non communiqué |
Adresses, horaires et prix tirés du Korea Times (octobre 2024) : comptez quelques centaines de wons de plus aujourd'hui. Geudongne se combine avec une soirée dans le quartier de Hongdae.
Combien coûte un tteokbokki en Corée ?
- Stand de rue ou de marché : environ 3 500 à 5 000 wons la portion. À Myeongdong, Financial News relevait 5 000 à 7 000 wons en mars 2026.
- Bunsikjip et petites chaînes : 4 000 à 6 000 wons la portion individuelle, un peu plus avec du fromage.
- Grande portion à partager (Yupdduk) : autour de 15 000 wons pour trois.
- Buffet Dookki : 11 900 wons par adulte, à volonté.
- Jeukseok à Sindang-dong : autour de 17 000 wons la marmite pour deux dans certaines adresses, suppléments en sus.
Prix relevés dans la presse coréenne entre octobre 2024 et juin 2026, à confirmer sur place. Pour les convertir en euros, utilisez notre convertisseur euro-won. Le tteokbokki se marie bien avec les autres classiques de la table coréenne, comme le bibimbap ou le kimchi.
