Le hangeul (한글) est l'alphabet dans lequel s'écrit la langue coréenne. Contrairement au chinois ou au japonais, il ne demande pas de mémoriser des milliers de caractères : c'est un véritable alphabet de 24 lettres, conçu délibérément au XVe siècle pour être appris vite. Sa particularité est que les lettres ne s'alignent pas de gauche à droite, mais s'emboîtent en petits carrés, un par syllabe.
Qu'est-ce que le hangeul ?
Le hangeul en bref
Le mot 한글 se décompose en deux syllabes : han, qui signifie grand dans une forme ancienne de la langue, et geul, l'écriture. Littéralement, la grande écriture.
Ce qui le rend remarquable, c'est qu'il n'a pas évolué lentement à partir d'un système antérieur, comme la plupart des écritures du monde. Il a été inventé de toutes pièces, à une date connue, dans un but explicite, et sa structure a été documentée par ses créateurs. C'est un cas rare, et c'est ce qui explique sa cohérence.
Comment fonctionne le hangeul ?

C'est le point qui déroute au premier regard. Un mot coréen ne s'écrit pas en enfilant les lettres, mais en les groupant par syllabe, dans un carré imaginaire de taille constante. Chaque bloc contient au minimum une consonne et une voyelle, plus éventuellement une consonne finale.
La disposition à l'intérieur du carré suit une règle simple, dictée par la forme de la voyelle.
- Si la voyelle est verticale (ㅏ, ㅓ, ㅣ), la consonne se place à gauche et la voyelle à droite.
- Si la voyelle est horizontale (ㅗ, ㅜ, ㅡ), la consonne se place au-dessus et la voyelle en dessous.
- Une éventuelle consonne finale vient toujours se loger sous l'ensemble.
Une conséquence pratique appréciable : un texte coréen occupe beaucoup moins de place qu'une transcription en lettres latines, et la lecture y gagne en rapidité une fois le réflexe acquis.
L'alphabet coréen : consonnes et voyelles

L'alphabet compte quatorze consonnes et dix voyelles. S'y ajoutent des consonnes doubles (ㄲ, ㄸ, ㅃ, ㅆ, ㅉ) et des voyelles composées, qui ne sont pas de nouvelles lettres mais des combinaisons des précédentes.
La vraie élégance du système est ailleurs : la forme des lettres n'est pas arbitraire. Les consonnes de base dessinent la position des organes de la parole au moment où on les prononce.
| Lettre | Son | Ce que la forme représente |
|---|---|---|
| ㄱ | g / k | La racine de la langue qui vient bloquer la gorge. |
| ㄴ | n | La pointe de la langue touchant le palais, juste derrière les dents. |
| ㅁ | m | Le contour de la bouche fermée, vue de face. |
| ㅅ | s | La forme d'une dent. |
| ㅇ | ng | Le cercle de la gorge ouverte. |
Les autres consonnes en dérivent par ajout de traits, selon une logique de renforcement du son : ㄴ devient ㄷ puis ㅌ, ㅁ devient ㅂ puis ㅍ. Un trait de plus, un souffle de plus.
Les voyelles suivent une autre logique, cosmologique celle-là. Elles se construisent à partir de trois éléments : un point pour le ciel, un trait horizontal pour la terre, un trait vertical pour l'homme. Le point, devenu un court trait, se combine à l'un des deux axes pour produire toutes les voyelles.
La lettre qui ne se prononce pas toujours
La consonne ㅇ a un double statut, et c'est la première subtilité que rencontre un débutant. En début de syllabe, elle est muette : elle sert uniquement à remplir la place de la consonne, parce qu'un bloc ne peut pas commencer par une voyelle seule.
En fin de syllabe, la même lettre se prononce « ng ». Ainsi 아 se lit simplement « a », tandis que 앙 se lit « ang ».
L'histoire du hangeul
Avant le XVe siècle, le coréen se parlait mais s'écrivait avec des caractères chinois, les hanja. Le problème était double : ces caractères transcrivaient mal une langue dont la grammaire n'a rien à voir avec le chinois, et leur apprentissage exigeait des années d'étude. L'écriture restait donc l'affaire d'une élite lettrée, et l'immense majorité de la population était analphabète.
Sejong le Grand, quatrième roi de la dynastie Joseon, décide d'y remédier. L'alphabet est mis au point en 1443, puis promulgué en 1446 dans un ouvrage au titre limpide : le Hunminjeongeum, « les sons corrects pour l'instruction du peuple ». Le texte de présentation explique l'intention en toutes lettres : permettre à chacun d'écrire ce qu'il veut dire.
Le système comptait alors vingt-huit lettres ; quatre sont tombées en désuétude, d'où les vingt-quatre d'aujourd'hui. L'accueil ne fut d'ailleurs pas unanime : une partie des lettrés y vit une menace pour leur position, l'écriture chinoise étant le socle de leur prestige. Il faudra des siècles pour que le hangeul s'impose comme écriture officielle.
Le manuscrit expliquant le système est aujourd'hui inscrit au registre Mémoire du monde de l'UNESCO, depuis 1997. Et la Corée du Sud célèbre chaque 9 octobre le jour du hangeul, jour férié qui commémore la promulgation de 1446. La Corée du Nord, qui appelle la même écriture chosŏn'gŭl, la fête le 15 janvier.
La langue coréenne
Le coréen compte environ 80 millions de locuteurs, dont une cinquantaine de millions en Corée du Sud, environ vingt-cinq millions au nord, et le reste dans les diasporas, principalement en Chine, aux États-Unis et au Japon.
Les linguistes la classent généralement parmi les isolats : on ne lui connaît pas de parenté démontrée avec une autre famille de langues. Des liens avec le japonais ou les langues altaïques ont été proposés, sans jamais faire consensus. Trois traits la caractérisent pour un francophone.
- L'ordre des mots suit le schéma sujet-objet-verbe. On dit littéralement « je pomme mange ». Le verbe arrive en dernier, ce qui oblige à écouter la phrase entière avant de la comprendre.
- Les particules se collent aux mots pour indiquer leur fonction, sujet ou complément, là où le français s'appuie sur l'ordre des mots.
- Les niveaux de politesse se marquent dans la terminaison du verbe. La même phrase change de forme selon qu'on s'adresse à un ami, à un inconnu ou à un supérieur. Ce n'est pas une nuance de style : c'est grammatical, et l'erreur se remarque immédiatement.
Une part importante du vocabulaire est d'origine sino-coréenne, héritée de siècles d'échanges avec la Chine, un peu comme le français a puisé dans le latin. Ces mots s'écrivent aujourd'hui en hangeul, les caractères chinois n'apparaissant plus que ponctuellement, par exemple pour lever une ambiguïté dans un texte juridique.
Clavier et ressources à télécharger

Taper en coréen est plus simple qu'il n'y paraît. La disposition standard répartit les consonnes sur la main gauche et les voyelles sur la main droite, et il suffit d'ajouter le clavier coréen dans les réglages de son ordinateur ou de son téléphone, sans matériel particulier.
On tape ensuite les lettres dans l'ordre de prononciation, et le système se charge de les assembler en blocs : ㅎ puis ㅏ puis ㄴ produit automatiquement 한. La touche majuscule donne les consonnes doubles.
Le tableau de l'alphabet est téléchargeable pour être imprimé ou glissé dans des fiches de révision.
- Alphabet hangeul en PDF : prêt à imprimer, format A4.
- Alphabet hangeul en image (PNG) : à insérer dans un document ou à garder sur son téléphone.
Envie d'apprendre le coréen ?
Cette page explique le système ; elle ne remplace pas une méthode. La bonne nouvelle, c'est que la première étape est courte : savoir lire le hangeul demande deux à quatre heures, et c'est le meilleur investissement possible, parce qu'il évite d'apprendre une prononciation approximative à partir de transcriptions en lettres latines.
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