La question de la religion en Corée du Sud appelle une réponse contre-intuitive : aucune religion n'est majoritaire. Le groupe le plus nombreux est celui des personnes qui ne déclarent aucune appartenance religieuse, autour de la moitié de la population. Parmi les croyants, le christianisme et le bouddhisme dominent. Et par-dessus tout cela plane le confucianisme, qui n'est presque jamais déclaré comme religion mais imprègne la vie quotidienne.

Quelle est la religion en Corée du Sud ?

Répartition des religions en Corée du Sud : sans religion, protestants, bouddhistes et catholiques
La répartition religieuse selon l'enquête de 2024, comparée au recensement officiel de 2015.

La répartition en 2024

51 %
Sans religion
20 %
Protestants
17 %
Bouddhistes
11 %
Catholiques

Une précision de méthode s'impose, car les chiffres circulent souvent sans leur contexte. Le dernier recensement officiel à interroger sur la religion date de 2015 : il donnait 56,1 % de personnes sans religion, 19,7 % de protestants, 15,5 % de bouddhistes et 7,9 % de catholiques. Les chiffres plus récents proviennent d'enquêtes d'opinion, aux méthodes différentes. D'où des écarts de quelques points qu'il ne faut pas surinterpréter.

Une majorité sans religion

C'est le fait le plus marquant, et celui que les présentations rapides de la Corée passent souvent sous silence. Environ une personne sur deux ne se réclame d'aucune religion, une proportion en hausse continue depuis les années 2000, particulièrement chez les moins de quarante ans.

Attention toutefois au contresens : cette non-affiliation ne signifie pas hostilité aux religions, ni absence de pratiques. Beaucoup de Coréens sans religion déclarée participent aux rites familiaux, se rendent dans un temple à l'occasion, ou consultent un devin avant une décision importante. La frontière entre croyance, tradition et coutume familiale y est plus poreuse qu'en Europe.

Le christianisme

Avec les protestants et les catholiques réunis, près d'un tiers des Coréens se rattachent au christianisme. C'est une singularité en Asie de l'Est, où cette religion reste ailleurs très minoritaire.

L'histoire de son implantation l'est tout autant. Le catholicisme est entré en Corée à la fin du XVIIIe siècle non par des missionnaires, mais par des lettrés coréens qui avaient découvert des textes chrétiens lors de missions diplomatiques à Pékin, et qui ont rapporté la doctrine chez eux. La Corée est l'un des rares pays où une communauté catholique s'est constituée avant l'arrivée du clergé étranger. Elle a ensuite connu de sévères persécutions au XIXe siècle.

Le protestantisme s'est développé plus tard, à partir de la fin du XIXe siècle, et surtout après la guerre. Il occupe aujourd'hui une place visible dans l'espace urbain : croix lumineuses sur les toits, réseaux d'écoles et d'hôpitaux, et quelques mégachurches dont l'une des plus grandes congrégations au monde, à Séoul. Les Églises jouent aussi un rôle social et associatif important.

Le bouddhisme

Introduit au IVe siècle, le bouddhisme a été la religion dominante pendant près d'un millénaire, jusqu'à devenir religion d'État sous la dynastie Goryeo. Il a laissé une part considérable du patrimoine coréen : temples, pagodes, statues et sculptures rupestres, dont plusieurs sites classés.

Pourquoi les temples sont-ils dans les montagnes ?

La réponse tient en un mot : Joseon. À partir de 1392, la nouvelle dynastie fait du confucianisme la doctrine d'État et marginalise le bouddhisme, chassé des villes et privé de ses privilèges.

Les monastères se replient alors dans les massifs, où ils se maintiennent pendant cinq siècles. C'est pourquoi visiter un temple coréen suppose presque toujours une marche en forêt, et pourquoi les programmes de temple stay se déroulent en pleine nature. Voir notre guide de Séoul pour les temples accessibles en ville.

Le bouddhisme reste plus implanté dans le sud-est du pays, la région de Gyeongsang, quand le christianisme domine plutôt dans l'agglomération de Séoul. L'anniversaire de Bouddha est un jour férié national, marqué par des lanternes colorées suspendues dans les temples et les rues.

Le confucianisme, un socle culturel

C'est le point le plus mal compris de l'étranger. En Corée du Sud, presque personne ne déclare le confucianisme comme religion. Et pourtant, il structure la vie sociale plus profondément que n'importe quelle confession.

Cinq siècles de doctrine d'État sous Joseon ont laissé un système de valeurs qui reste opérant : primauté de l'âge et de la hiérarchie, importance de la famille, valorisation de l'étude, obligations réciproques entre supérieur et subordonné. C'est ce qui explique qu'on demande son âge à un inconnu, que les niveaux de langue changent selon l'interlocuteur, ou que l'ancienneté pèse en entreprise.

Sa manifestation la plus visible est le jesa, le rite d'hommage aux ancêtres. Célébré à des dates anniversaires et lors des grandes fêtes comme Chuseok et le Nouvel An lunaire, il consiste à dresser une table d'offrandes et à s'incliner devant les tablettes ou les photographies des défunts. Beaucoup de familles le pratiquent sans y voir un acte religieux, mais un devoir familial. Les codes sociaux qui en découlent sont détaillés sur étiquette et codes sociaux.

Chamanisme et islam

Le chamanisme coréen, ou muism, est la plus ancienne tradition spirituelle de la péninsule, antérieure au bouddhisme comme au confucianisme. Il repose sur des officiantes, les mudang, en grande majorité des femmes, qui conduisent des rituels appelés gut pour apaiser les esprits, guérir ou attirer la chance.

Il n'apparaît quasiment pas dans les statistiques, parce que personne ne le déclare comme appartenance. Il n'a pourtant jamais disparu : on consulte encore un devin avant un mariage, un déménagement ou l'ouverture d'un commerce, y compris dans des milieux urbains et diplômés.

L'islam forme une communauté nettement plus réduite, estimée autour de 260 000 personnes, dont environ 40 000 Coréens, le reste étant essentiellement des résidents étrangers venus d'Asie du Sud-Est et d'Asie centrale. La Seoul Central Masjid, première mosquée du pays, a ouvert en 1976 à Itaewon, quartier où se sont installés commerces halal et restaurants.

Liberté religieuse et cohabitation

La liberté de religion est garantie par la Constitution sud-coréenne, et il n'existe pas de religion d'État. Les cultes coexistent sans conflit majeur, et les familles mixtes, où bouddhisme et christianisme se croisent d'une génération à l'autre, sont courantes.

Un indice résume bien cette coexistence : le calendrier officiel compte deux jours fériés religieux d'origines différentes, l'anniversaire de Bouddha au printemps et Noël en décembre. Peu de pays fériés les deux.

Ce cadre est propre à la Corée du Sud. En Corée du Nord, État distinct, l'exercice religieux est étroitement contrôlé par les autorités. Pour comprendre comment les deux pays en sont arrivés à des trajectoires si différentes, voir notre page histoire de la Corée du Sud, et pour le profil démographique du pays, la population.

Questions fréquentes